Brian Joubert a-t-il les capacités et les qualités pour devenir le premier champion olympique français de patinage artistique individuel ? La réponse est clairement oui. Va-t-il le faire ? Bien peur que non.
Le principal obstacle à ce rêve olympique se nomme Evgueni Plushenko.
Qu'il le veuille ou non, qu'il l'admette ou pas, Joubert fait une fixette sur le Russe. Et cela depuis 2004. Vainqueur de Plushenko aux Championnats d'Europe, le jeune Français avait ensuite été devancé pour le titre aux Championnats du monde. De quoi présenter les deux patineurs comme de vrais rivaux. Sauf que Joubert, vingt ans seulement à l'époque, n'a pas supporté l'enjeu et la comparaison avec le triple champion du monde et d'Europe. Il s'est perdu dans ce duel avec le Tsar.
A tel point qu'il s'effondra dans le libre des Mondiaux 2005 après avoir appris le forfait de Plushenko ! « Je m'étais tellement concentré sur lui que son absence m'a surpris. J'ai été incapable de voir au-delà de lui un autre danger potentiel. » Bilan une sixième place, la même qu'il décrochera un an plus tard aux Jeux de Turin, pour la plus grande déception sportive de sa carrière. Là encore, la seule présence du Russe, sacré champion olympique, semble l'avoir tétanisé, comme écrasé sous la pression.
Puis c'est la renaissance, le rebond. Un mois plus tard, le même Joubert décroche l'argent aux Championnats du monde. Deuxième derrière le Suisse Lambiel car le Russe n'est pas là... Il a pris sa retraite et Joubert revit. Il signe même une saison 2006-2007 parfaite : victorieux de toutes les compétitions auxquelles il participe dont Championnats d'Europe et du monde. Le rêve.
Patatras, voilà que Plushenko décide de revenir pour disputer les Jeux de Vancouver. Le Russe, passé maître dans l'art du duel psychologique -il fait circuler sur le net les images d'une combinaison inédite triple axel-quadruple boucle piqué réalisée à l'entraînement-, démonte rapidement l'assurance de façade du Français : il s'octroie le titre européen fin janvier, quelques semaines seulement après son retour en compétition. Joubert n'est que troisième. Trop juste physiquement après une blessure au pied droit fin novembre, fragile donc. « Votre Joubert, il a eu peur », appuie Alexeï Mishine, le coach de Plushenko.
Joubert aura-t-il peur ce mardi pour le programme court et jeudi pour le libre ? Le clan russe en est persuadé, sûr de son emprise psychologique sur ce petit Français. Le clan tricolore prétend que la « beigne » des Championnats d'Europe a été salutaire, que Joubert aborde les Jeux en position d'outsider et qu'il n'aura donc rien à perdre. A condition de patiner pour lui. Pas contre Plushenko.
SYLVIE JOSSE
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